Rhum amer fait escale en Dominique
La Route du Rhum, c’est l’occasion de découvrir la Guadeloupe et ses îles, superbes, que sont Les Saintes, Marie-Galante, La Désirade ou encore Petite-Terre. Un peu plus au Sud, il y a une pure merveille : La Dominique, sa beauté sauvage, presque brutale, sa forêt parfois impénétrable, ses rivières indiennes et ses Indiens kalinago.
L’intrigue du polar Rhum amer fait une large escale en Dominique. Extraits :
En passant la pointe du Prince Ruppert, Capesterre observe Moumoune, silencieux à l’avant du bateau. Le visage fermé de l’adolescent ne parvient pas à masquer l’intense émotion que ressent le fils adoptif de Marie-Josèphe Le Bihan. Au pied de cette île sauvage, brute, incroyablement verte et imposante, Moumoune revoit les images cauchemardesques du cyclone qui ravagea l’île et sa famille.
C’était il y a treize ans. Pourtant âgé de seulement trois ans, Moumoune se souvient de cette journée d’apocalypse. Tout d’abord des trombes d’eau qui tombaient dans la salle de vie de la petite case en bois et surtout du toit en mauvaise tôle ondulée. Son père, Randy, et sa mère, Victoria, faisaient tout pour le rassurer, le serrant dans leurs bras. Puis il s’est mis à faire nuit en plein jour. Le ciel, zébré d’éclairs incessants, ajoutait à l’angoisse, comme l’écho des coups de tonnerre dans la montagne. Le passage du cyclone interminable, semblait toutefois se calmer quelque peu. Les rafales paraissaient moins dévastatrices, dans la forêt, près de la rivière indienne où la famille de Moumoune vivait.
Et c’est là, à cet instant précis, qu’un arbre énorme s’est abattu sur leur maison dans un vacarme ahurissant. Si Randy et Moumoune s’en sont miraculeusement tirés avec quelques grosses égratignures, Victoria est morte, écrasée par une énorme branche.
C’est là, près des sentiers menant à la rivière indienne, que Daïquiri, venue, comme beaucoup, en aide au peuple dominiquais, a trouvé Randy prostré devant la sépulture en terre de sa femme. Moumoune, était en larmes à ses côtés. Avec son cœur gros comme ça, Daïquiri n’hésita pas à leur proposer de venir habiter avec elle aux Saintes, le temps de retrouver goût à la vie, le temps aussi que la Dominique panse ses plaies.
(…)
- Man, you have to smoke kaya, it’s good for your meditation.
Un des jeunes boat boys aux allures de parfait rasta lance cette tirade en la chantant à Moumoune. C’est John. Il accueille les voiliers de croisière en baie de Portsmouth et leur propose excursions, gardiennage ou encore cochon grillé sur la plage, quand ce n’est pas un petit sachet de ganja.
Aujourd’hui, c’est en ami qu’il va accompagner Daïquiri, Moumoune et les autres dans la rivière indienne. Ce sera à bord de sa pirogue creusé directement dans un gros tronc d’arbre.
La rivière indienne est un endroit fascinant, popularisé par plusieurs scènes de Pirate des Caraïbes. La végétation y est parfois étouffante, parfois plus clairsemée, laissant passer une lumière par petites touches. Magique.
Le film est d’ailleurs très controversé en Dominique. Il a remis en lumière la polémique autour du cannibalisme supposé ou bien réel des Indiens caraïbes. Des premiers conquérants espagnols à des figures fantasques françaises, comme l’anonyme de Carpentras ou le père Breton, les témoignages ont fleuri sur la « sauvagerie » des Indiens caraïbes. Venus de Guyane, de l’embouchure du Maroni ou de l’Oyapock, ils auraient massacré et chassé les Indiens arawaks, décrits comme de gentils pacifistes qui vivaient de la cueillette et de la pêche dans les petites Antilles. Sans oublier d’en faire leur menu ! Depuis, des anthropologues et des historiens avancent que les allégations de cannibalisme doivent être comprises comme une forme de propagande coloniale, sans réel fondement.
- Moi qui ai longuement étudié la question, je pense que les cas de cannibalisme étaient rares et exceptionnels, explique Marie-Josèphe Le Bihan, après la visite effectuée avec son équipage du jour dans la réserve caraïbe, appelé aussi territoire Kalinago, à l’est de la Dominique.
- C’est-à-dire ? relance Rochard, curieux
- On confond cannibalisme et rituel anthropophagique. Il s’agissait non pas de se nourrir mais bien de s’approprier la force de son ennemi. Ça n’a rien à voir. Et ces rituels ont bel et bien existé, affirme Daïquiri.
- Bah moi, celui qui a tué mon père aux Saintes, je donnerai son cadavre aux chiens, lâche Moumoune


Commentaires
Enregistrer un commentaire